mercredi, 02 juillet 2008

Bordeaux Jazz Festival : FIN

blog.gifNotre ami Philippe Méziat a mis en ligne sur le site du BJF (lien en colonne de gauche) cette lettre ouverte à Alain Juppé, que nous relayons à titre d'exemple de politiques culturelles qui ne sont ni politique ni cuturelle – c'est devenu si courant que c'en est tristement banal. L'annonce de la fin du Bordeaux Jazz Festival n'est pas pour rassurer à l'heure où on nous fait miroiter, dans une inculture quasi générale,  mais à coups de grands effets de manches, un possible Bordeaux capitale européenne de la culture en 2013. Avec qui, et quels moyens ? 

 

LETTRE OUVERTE AU MAIRE DE BORDEAUX
Monsieur le Maire,

Je viens vers vous, chose inhabituelle, pour vous annoncer que le « Bordeaux Jazz Festival » ferme ses portes, replie son ombrelle, et n’aura donc plus lieu. Je suis bien désolé de vous annoncer cette fin, d’autant qu’elle s’accompagne d’un « dépôt de bilans » plutôt positif. Les documents joints font apparaître en effet une augmentation de la fréquentation, un résultat d’exercice bénéficiaire, le bonheur d’une huitième édition vraiment très réussie à tous points de vue. Mais le texte qui accompagne ces bilans chiffrés fait ressortir de façon criante le lent étouffement dans lequel nous sommes plongés depuis des années, l’administratrice du festival et moi-même, dans la mesure où nous effectuons ce travail dans des conditions qui n’ont jamais été vraiment supportables, et qui se dégradent au fur et à mesure que le festival prend de l’ampleur, quand les aides mises à notre disposition par vos services restent à un niveau très insuffisant. J’ai régulièrement attiré l’attention sur ces points, je n’ai jamais été entendu ; je crois donc qu’il n’y a pas lieu pour nous d’insister davantage.

Je crois que nous perdons tous là une occasion unique de voir, sur Bordeaux et la région Aquitaine, un grand festival de jazz se déployer, qui aurait pu à la fois regrouper un public nombreux et proposer des artistes irréfutables. Nous avions – nous avons toujours mais ce n’est plus d’actualité – le désir et la compétence pour faire exister une telle manifestation : connaissance du terrain régional, national et international, reconnaissance de la profession et des plus grands médias, communication originale et particulièrement remarquée, rigueur dans la gestion, enthousiasmes partagés dans la mise en place des équipes, soutien des publics, capital de sympathie à son maximum. « BJF », comme on l’appelle familièrement, aurait pu s’accompagner d’un développement parallèle des musiques que nous aimons sur l’ensemble de la région, et trouver ainsi sa place dans le projet qui porte actuellement la ville vers le titre de « capitale européenne de la culture ».

Tout cela doit être viré au passé. Nous avons obtenu, lentement certes mais régulièrement, des aides accrues des autres collectivités territoriales. Nous avons même décroché, en une période dont vous savez qu’elle n’est pas favorable, une aide de l’Etat. Nous avons pour réussir, car nous avons réussi – mais à quel prix humain ! – été chercher les aides de la profession, sociétés civiles et autres, des aides privées également. Nous n’avons pas obtenu le même encouragement de la ville dont le festival porte le nom, et dont vous êtes le premier magistrat.

C’est avec le sentiment d’avoir bien œuvré pour l’art, la culture et notre cité que nous cessons notre activité. Au bout du compte, le rendez-vous que Bordeaux avait avec l’une des musiques actuelles les plus riches n’aura pas pu prendre l’ampleur que nous souhaitions. Sans doute aviez-vous d’autres priorités.

Je vous prie de recevoir, monsieur le Maire, l’assurance de ma considération respectueuse, et de ma reconnaissance aussi car vous nous avez permis, au travers de vos aides et de l’appui des professionnels de la mairie, un parcours qui ne laisse aucun héritage, mais certainement des traces profondes.

Philippe Méziat

dimanche, 04 novembre 2007

BJF

Bordeaux Jazz Festival
Samedi 3 novembre

3 concerts sur les 4 de la journée.

 

4f61963bd9e118661230aec9768c85e2.jpegÀ 16h au Goethe Institut concert solo de Paul Rogers à la contrebasse à sept cordes.
Paul Rogers est un personnage peu commun. Tout du bûcheron au physique et même dans l’approche de l’instrument.
L’instrument d’abord, une contrebasse à sept cordes (une plus grave et deux plus aigus que sur la contrebasse standard – mi la ré sol) et sur la table d’harmonie une sorte de guitare à quatorze cordes (sympathiques), en forme d’ovale, d’olive, de ballon de rugby, que sais-je… bref, c’est un prototype étonnant – fabriqué par Antoine Leducq à Nîmes –, très costaud, trapu et massif, au manche large comme les mains du musicien, épais comme ses avant-bras rudes.
Le concert d’un peu plus d’une heure donna à entendre trois improvisations, profondes, sombres, dures, parfois cauchemardesques, rarement légères, le combat pour la vie en somme.
Les archets ont dérouillé sous les coups de scie, sous le ahan du bûcheron, sous le pic du mineur, les charges de porte-faix… cette musique là ne saurait laisser indifférent, elle m’a bouleversée, comme m’a bouleversé le petit homme qui s’est battu avec un instrument androgyne pour donner à entendre son rude engagement de musicien et d’homme, sa joute avec l’instrument pour donner à entendre quelque chose du chant des origines. Une vraie rencontre.
À écouter Being du même – et qui nous transporte vers des univers plus calmes, plus reposés, plus simples peut-être, plus chantant aussi, même si sous chaque note on pressent un hurlement retenu – qui vient de sortir sur le label de Mathieu Immer, Amor Fati (cf. «liens» sur ce blog), dans la collection «Live au Musée d’Aquitaine», coproduit avec le BJF, en même temps qu’un trio de batterie de Didier Lasserre, Edward Perraud et Mathias Pontevia.


On sauta Wormholes. C’est comme ça.

21 h : Vincent Courtois quartet – Vincent Courtois : violoncelle, Jeanne Added : voix et violoncelle, Marc Baron : saxophone, François Merville : batterie.
Nom d’une pipe, tout pour réussir individuellement – légère réserve pour le jeu archi convenu du batteur très satisfait de ses pitreries qu’il prend pour des trouvailles – et rien qui passe ensemble, ça ne décolle jamais. On lâche un ou deux frissons pas plus. Dommage, cette voix, ce saxophone, ce violoncelle peuvent sans conteste mieux faire. Ça manquait juste d’engagement. À visiter les sites de chacun pour en avoir une idée, et surtout écouter What Do You Mean By Silence ? , TRI 06513.

 

23 h David Lynx & Diederik Wissels quartet – David Lynx : chant, Diederik Wissels : piano, Christophe Wallemme : contrebasse, Stéphane Huchard : batterie
Public conquis d’avance. Je ne connaissais pas le bonhomme – David Lynx, franco-américain à ce qu’il semble, intéressant à voir. Malgré tout concert plan-plan plus proche de la variétoche que du jazz, devant un public finalement assez peu connaisseur puisque se roulant par terre devant les facilités du batteur – bien lourd et peu nuancé – et ne récompensant que bien mal le jeu autrement plus intéressant de Christophe Wallemme et Diederik Wissels, cherchant chacun la note juste – l’incarnation de la note – pour sauver ce qui restait de la musique. David Lynx a beaucoup d’énergie et une voix assez étonnante, au spectre large, il doit être sans mal capable de bien mieux. Une autre fois.