mercredi, 13 août 2008

Marcel Proust

1q50oiuy.jpg« Car l’homme est cet être sans âge fixe, cet être qui a la faculté de redevenir en quelques secondes de beaucoup d’années plus jeune, et qui entouré des parois du temps où il a vécu, y flotte, mais comme dans un bassin dont le niveau changerait constamment et le mettrait à la portée tantôt d’une époque, tantôt d’une autre. »


Marcel Proust
La Fugitive
Gallimard

lundi, 21 juillet 2008

Colette Fellous

images-1.jpg« Dès que je continue à écrire comme ce soir, comme dans tous ces autres soirs où je reste cachée dans une chambre de Lisbonne, de Paris ou de Séville, je sais que toujours, par-dessus mon épaule, l’été est là qui m’accompagne et me regarde. Il est un temple de poche. Il protège un secret que lui seul sait tenir, il me fait avancer, me donne l’élan de vivre, de recomposer encore et toujours ce dont je crois avoir été témoin, il est un langage, avec ses codes, ses rites, ses règles, ses exceptions. Je le connais maintenant sur le bout des doigts, il est venu à moi très simplement, sans aucun effort. J’étais chaque matin au rendez-vous. Le chemin rouge, le ciel, les barques renversées sur la plage, un silence splendide, une lumière violette, qui battait, par secousses. Vers dix heures, les autres apparaissaient, peu à peu, par petits groupes, une serviette ou une chemise sur l’épaule. Je savais que tous ces instants resteraient immobiles, intacts, suspendus à jamais. Ils étaient nos gardiens. De début juillet à la fin septembre, l’école de l’été ne fermait jamais. Elle était une séance permanente.»
Colette Fellous
Plein été
Gallimard, 2007
 
Avec ces mots, doux, de Colette Fellous,
je souhaite à chacun sa part d'été.

dimanche, 20 juillet 2008

Paul Gadenne

adc6aa887120f02c9c1f3a1948a25b86.jpg« Ce que je demande, mon Dieu, moi qui ne suis meilleur que personne, ce n’est pas d’avoir des propriétés ni des arbres à moi (l’orgueil n’a rien à faire dans la contemplation), ce que je demande : pouvoir travailler en paix dans un coin.
Et l’on me parle de pieds dans les pantoufles. »
 
 
 
Paul Gadenne
Le Rescapé (carnet novembre 1949 – mars 1951)
Séquences, 1993

samedi, 19 juillet 2008

Jacques Borel

Borel.jpg« Écrivant, n’écrivant pas, coincé, de toute façon, le même malaise, le même mal à respirer, ou à m’absoudre. À vivre, à écrire, le même mal. (Et peut-être en effet que c’est bien ça : que c’est le même.)
Naturellement aussi qu’il y à l’époque : ah ! leur superbe, aux grands ancêtres, ou leur innocence, on ne peut qu’y rêver avec nostalgie : comment faire ? Rien n’est de nous, rien, jamais, tout entier, ne vient de nous – seule la façon de le vivre, peut-être – rien n’est à nous. »
 
Jacques Borel
Un voyage ordinaire
Le temps qu’il fait, 1993

vendredi, 18 juillet 2008

Joël Vernet

vernet.jpg« Écrire, ça ne tient à rien, c’est une ombre qui nous brûle, un nuage venant se loger au cœur même de notre tête, c’est une façon, notre meilleure façon d’être véritablement avec les autres même lorsque nous en sommes séparés. Oui, si nous n’avions les mots pour dessiner un tant soit peu les contours de notre vie, ce serait la voie ouverte à la folie, au dernier abandon. Il y eut une faille, dans l’enfance, où les mots dévalèrent comme un torrent et, aujourd’hui, après tant et tant d’années d’errances, nos livres s’élèvent à la manière de fragiles barrages ne retenant pas vraiment les eaux. »
 
Jöel Vernet
Visage de l’absent
L’Escampette éditions, 2005

jeudi, 17 juillet 2008

Gil Jouanard

2431210974_4fc28b5a0b.jpg« En fait, les mots ne disent pas la vérité ; ils la font advenir. Il n’y a pas de vérité dont le langage aurait à désigner ou révéler les contours, l’épaisseur, la nature. Il y a ce que les mots affirment, ou suggèrent et c’est cela, la vérité, ce qui n’existe qu’à l’instant où c’est nommé. Le pire des menteurs, s’il écrit, cesse de mentir, puisqu’il s’enfonce, mot à mot, dans ce qui est vraiment, et que rien d’autre n’est que ce qui se trouve, brusquement, là, dit. C’est en quoi l’écriture constitue la seule ascèse avérée, autorisant l’accès au monde véritable. Les fictions qui nous environnent ne prennent tournure crédible que cristallisées ou fixées en mots, lesquels ne se contentent pas de les désigner ou de les expliquer, et qui les font et qui les sont, qui les réalisent. Ainsi tant que j’écris, suis-je fondé à me savoir en vie, dans la vie, composante active du vivant, concrètement là.
Montpellier, ce 8 mai 1996 »

Gil Jouanard
Le jour et l’heure
Verdier, 1998

vendredi, 20 juin 2008

Une pause

IMGP0570.JPG

lundi, 16 juin 2008

Bloomday

joyce.jpg« Avant toute autre chose M. Bloom essuya le plus gros des copeaux et tendit à Stephen chapeau et frênecanne et d’une manière générale le remit d’aplomb selon la bonne orthodoxie samaritaine, ce dont il avait gravement besoin. Son (celui de Stephen) esprit ne méritait pas tout à fait la qualification d’égaré mais était quelque peu perturbé et lorsqu’il exprima le désir d’absorber un breuvage quelconque M. Bloom, observant l’heure qu’il était et l’absence de fontaine d’eau de la Vartry disponible pour leurs ablutions, pour ne rien dire du dessein de boire, découvrant un expédient, suggéra, au débotté, l’intérêt qu’offrait l’abri du cocher, ainsi qu’il était nommé, à un jet de pierre à peine non loin de Butt Bridge où ils découvriraient peut-être quelque chose de buvable sous les espèces de lait allongé d’eau de Seltz ou d’eau minérale. Mais comment y aller là était le hic. »
James Joyce
Ulysse
Épisode III – Eumée – traduit par Pascal Bataillard
Nouvelle traduction sous la direction de Jacques Aubert
Gallimard, 2004


Ceci afin de participer au Bloomday (16 juin 1904) comme il se doit.

mercredi, 23 avril 2008

Alain Veinstein

1674955260.jpg« Quand j’avais une journée devant moi, je me croyais habile à embrasser l’étendue, à écrire sous la menace, à vivre dans la peur… J’aimais une enfance pour écrire mon amour… J’ai dû écrire le mot deux ou trois fois, sans peur… Un peu de mort, sans peur, renforçait mes phrases… J’aurais voulu écrire jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne sous un nom… »
 
55454525.JPGAlain Veinstein
Ébauche du féminin
Lithographies de Claude Garache
Coll. Médiane, Maeght éditeur, 1981

lundi, 21 avril 2008

Emily Jane Brontë

FORT JE RESTE,
AYANT SOUFFERT

2132735231.jpg « Fort je reste, ayant souffert
Haine, colère et dédain ;
Fort je reste et ris de voir
Leurs assauts livrés en vain.

J’abjure, Esprit de maîtrise,
Les mesquines voies humaines !
J’ai le cœur et l’âme libres :
Fais-moi signe, et je te suis.

Sache-le, sot insincère
Qui méprises le dédain,
Ton âme passe en bassesse
Les plus vains d’entre les vers.

Dans ton fol orgueil, poussière,
M’oses-tu prendre pour guide ?
Je veux être avec les humbles,
Les hautains ne me sont rien ? »
novembre 1837

Emily Jane Brontë
Poèmes
Traduit de l’anglais par Pierre Leyris
Poésie/Gallimard, 1963

Toutes les notes